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La musique gitane, interprétée
par d'authentiques gypsies, est habitée par une grâce,
une qualité bien particulière qui semble sourdre
du mode de vie errant et aléatoire que mènent ses
interprètes. Vous nous direz, à juste titre, qu'on
tenait déjà ce genre de discours, sur les rives
du Mississipi, lorsqu'on parlait du blues : il est impossible
de chanter la mélancolie, la détresse, la solitude
si on ne les a jamais vécues. Dans ce même ordre
d'exclusivité, nous conclurons avec raison qu'il est impossible
de jouer de la musique gitane si l'on a pas mené la vie
d'un gitan...
VERA 'Kali' BILA et son groupe
KALE (Vera Black & White and the Blacks) sont originaires
d'une petite ville gitane - Rokycany - située en Bohême,
au plein coeur de l'Europe de l'Est. Comme la plupart des villageois,
tous les membres du groupe sont parents. Aussi loin que vont
ses souvenirs, VERA BILA se souvient qu'elle a toujours chanté.
Depuis sa tendre enfance (et cela jusqu'à l'âge
de 25 ans), elle accompagna vocalement son père qui était
violoniste et leader d'un orchestre de cymbalom. L'âme
gitane est ainsi faite... toute couturée de rythmes et
d'envolées lyriques ! Au coeur des années 80, le
célèbre groupe Tchèque, Nerez, vit VERA
et KALE lors d'un festival folk et fut littéralement envoûté
par leur potentiel et leur étonnante authenticité.
Nerez les invita plusieurs fois sur scène. Ce fut là
l'heureuse manifestation du destin qu'espéraient nos ROM...
Et dans la foulée, ils signèrent sans tarder un
contrat avec BMG Prague.
Lorsque l'opportunité
se présenta d'enregistrer "ROM-POP", KALE dû
piocher dans son (déjà) vaste et séduisant
répertoire. Avec l'aide de leurs producteurs (Zuzana Navarova
et Vit Sazavsky du groupe Nerez), ils sélectionnèrent
avec soin 16 chansons. Leur principal souci fut d'enregistrer
des morceaux issus de leur patrimoine commun et qui, parallèlement,
pouvaient évoluer artistiquement en proposant une déclinaison
possible et une progression naturelle de la musique traditionelle
gitane. Les thèmes abordés varient peu : nous découvrons
les vicissitudes et tribulations de la vie tsigane. Le tout se
décline dans une sérénité de violon,
violoncelle, d'accordéon et d'un instrument Hongrois baptisé
cymbalom. A l'opposé de certains groupes très à
la mode - et à l'indéniable souci commercial -
qui prétendent offrir une authenticité gitane (mais
qui en fait ne produisent qu'un vague succédané
tsigane métissé de rythmes hispano-andalous), le
contenu de "ROM-POP" est essentiellement composé
de chansons écrites et conçues pour des oreilles
gitanes que nous, gadjos sédentaires, avons la chance
de pouvoir découvrir aujourd'hui.
Laissez-vous bercer par ces langueurs
manouche, l'optimiste broderie des rythmiques... Imaginez, à
chaque refrain, l'éclat écarlate des feux de camp,
les odeurs de résine chaude, la bonne ferte, et les Rabouins
aux anneaux d'or qui, comme dans les récits de Mac Orlan,
peuplent nos routes de silhouettes fugitives en chansons.
Ondrej Gina, l'un des membres
du groupe, conclut prosaïquement en expliquant la place
qu'occupe la musique dans la culture gitane : "La musique
se situe au coeur de nos vies, elle est passionnément
liée à notre histoire. La musique est tout simplement
une partie vivante de ce que nous sommes." D'où urgence...
  
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