
|
Passer une semaine dans une ville dont le rock et le blues sont la bande sonore, où vous vous régalez de cuisine tex mex et de ribs, et où vous vous passez des soirées inoubliables avec des potes était le meilleur moyen d'oublier les coups de téléphone quotidiens des banquiers français, bête noire de tous les labels independants. Comme d'habitude, je passai une bonne partie de mon temps avec mon ami Speedy Sparks, le "parrain " de la scène d'Austin. Il était bassiste du Sir Douglas Quintet, du regretté Doug Sahm, et jouait aussi avec de nombreux jeunes groupes à qui il adorait donner un coup de main. C'est lui qui m'avait fait connaître Roky et les Leroi. La veille de mon départ pour L.A, il m'invita à la soirée d'anniversaire d'Ike Ritter, un musicien en retraite de ses amis. C'était une super soirée, avec BBQ et bière à volonté. Pratiquement toute la scène d'Austin était là, et une fois tout le monde abbreuvé et rassasié, on commença à brancher les amplis, et la fête commença . Un véritable best of du rock Texan, puisque tous les meilleurs étaient là. Au bout de deux heures de jam effrenée, la fatigue et surtout la soif prirent le dessus, et tout le monde se dirigea vers les caisses de Bud. C'est à ce moment là qu'arriva un type dont la dégaine me fascina. Il n'était pas tout jeune, avait l'air plutôt rugueux, et portait un incroyable petit chapeau cabossé et aureolé de sueur. On l'aurait cru sorti tout droit des Raisins de la Colère. Il s'installa tout seul avec sa guitare, dans l'indifférence générale. J'avais écumé tous les clubs d'Austin, j'avais rencontré des dizaines de musiciens, mais, bizarrement, je n'avais jamais vu ce type. C'est pourquoi, malgré la soif ambiante, je préférai l'écouter plutôt que de rejoindre les autres. Et ce fut le choc. Il ne chanta que deux ou trois chansons, mais tout comme son look, sa musique et sa voix étaient incroyables. Celà ne ressemblait en rien au rock Texan habituel. Il y avait une intensité, une gravité, un sens de la mélodie, et cette voix unique Dès qu'il eut fini son court set, je m'approchai de lui. Il s'appelait Calvin Russell. Depuis près de 20 ans, il tentait sans aucun succès, de vivre de sa musique. Malheureusement pour lui, il n'était pas du tout "formatté" rock Texan, ce qui lui interdisait l'accès aux clubs et aux labels locaux. Il était très désabusé ,et pensait sérieusement à laisser tomber la musique et prendre n'importe quel job pour faire vivre sa famille. Il avait sorti un album sur Line records, en Allemagne, avec son groupe, The Characters, mais les ventes n'avaient pas dépassé quelques centaines d'exemplaires. L'album sortit début 1990. Avec ses dernières economies, il avait enregistré un album quelques mois plus tôt mais personne n'en avait voulu. Je lui dis combien il m'avait impressionné, et que j'étais certain qu'il pouvait faire une carrière en France. Il n'avait pas l'air plus convaincu que celà, en ayant entendu d'autres, mais il me donna une cassette. Le lendemain matin, dans l'avion vers L.A;, j'écoutai cette cassette. Au bout de 10 secondes, j'étais comme un fou. "Crack in time" m'avait littéralement ensorcelé.et le reste de l'album était du meme niveau. Aussitôt rentré à Paris, j'appelai Calvin, et lui proposai de sortir l'album d'urgence. Il me demanda, avec un brin d'embarras, si je pouvais payer les bandes qui étaient bloquées au studio. .Etant un peu coincé financièrement à cette époque, je lui demandai avec quelque d'appréhension combien il devait au studio. 1500 dollars me dit-il. Les oreilles m'en tombèrent; l'un des meilleurs albums que j'avais entendu depuis des années, avec un son et une production impeccables avait couté..1500 dollars, c'est à dire rien ! Inutile de dire que tous les détails pratiques furent réglés en un clin d'oeil. L'album sortit début 1990. J'étais vraiment sur qu'il allait faire un malheur, mais combien de fois, dans mon enthousiasme viscéral , ne me suis-je pas planté sur de bons albums qui n'ont pas marché commercialement.. C'était trop souvent le lot des independants ; sortir de beaux disques que quelques fans adoraient mais que les gros médias dédaignaient. Et bien cette fois-ci, pour changer, l'accueil des disquaires français fut fantastique.. Il jouèrent pour Calvin le rôle des médias en passant son album sans arrêt dans leurs magasins. Le public adopta Calvin comme par miracle. Les médias, pour une fois , suivirent le mouvement, sauf, bien sur, le carré irréductible des branchouillards parisiens dont les états d'âme ne touchent guère que quelques arrondissements. La suite de l'histoire est connue; quinze années intenses avec 7 albums studio, deux live et des centaines de concerts à travers l'Europe, et surtout en France où le public adorent la musique et le bonhomme. "A Man in Full" est le résumé de cette aventure où, comme disent les américains, il n'y eut jamais "a dull moment" Après une année de concerts et de festivals, suite au succès de " SAM " , voici enfin l'album que tous les fans de Calvin attendaient Patrick Mathe |
|
CD 1-A Crack
in time - 4'35 |
DVD videoclips A crack
in time I gave my
soul to you |