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Après le chaotiquement
légendaire Like Flies On Sherbert publié
en 1979, il aura fallu attendre 1987 pour un nouvel album d'Alex
Chilton, même si les superbes eps Feudalist Tarts
et No Sex avaient entre temps contenté tout le
monde, des fans de la première heure et une nouvelle génération
d'étudiants branchés. Cette longue parenthèse
correspond notamment à son départ définitif
de Memphis, suivi de son installation à la Nouvelle-Orléans.
Solidement accompagné par Doug Garrison à la batterie
et René Corman à la basse, Alex est visiblement
ravi de retrouver le chemin des studios, comme son superbe jeu
de guitare en témoigne. Il mélange compositions
originales et reprises, une habitude acquise avec Like Flies
On Sherbert. On retrouve donc ici des classiques du jazz
et de la country, ainsi que des obscures pépites de rhythm'n'blues.
Qui d'autre qu'Alex Chilton peut en effet se permettre de reprendre
Rubber Room de Porter Wagoner, le standard jazz Margie
appris grâce à la version de Fats Domino
et le fameux Lonely Weekends de Charlie Rich, les
deux titres les plus connus ici ? Thing For You est l'une
de ses meilleures compositions des années 1980. Les cuivres
sont ici à l'honneur, avec notamment le toujours très
futé saxophone de Jim Spake sur Forbidden Love,
un autre titre écrit par lui. Interprété
par Lowell Fullsom, Make A Little Love, fait partie des
trésors que le bon goût inné d'Alex fait
ressortir des arcanes de l'histoire. Comme le Nobody's Fool,
plus convaincant que la version qui donne son nom à l'album
de Dan Penn ou Let Me Be Close To You, une pépite
méconnue signée Carole King et chantée par
Skeeter Davis, sur laquelle Lisa McGaughran l'accompagne au piano.
Il a appris Raunchy grâce à Sid Manker, un
ami de son père, un musicien de session chez Sun et le
co-auteur de ce standard instrumental avec le saxophoniste Bill
Justis. C'est le seul guitariste auprès duquel Alex ait
pris des leçons. Il le considère toujours comme
étant « le meilleur guitariste de Memphis ».
D'autres artistes locaux comme Bill Black, Booker T. & The
MG's ou Jerry Lee Lewis se sont eux aussi essayés à
ce morceau. Ce choix méticuleux des reprises illustre
un éclectisme rare et un manque de compromission total
envers une quelconque forme de norme commerciale.
Porteur d'hédonisme sans faille, Black List, paru
en 1990, démarre sur les chapeaux de roue avec
un Little GTO qui fait penser aux Beach Boys lancés
dans une course de voitures que l'on croirait sortie d'American
Graffiti. Dans la même veine, le cuivré Jailbait
évoque des amours licencieuses qui n'auraient pas
déplu à Chuck Berry. Paresseux, Baby Baby Baby
dégage une lascivité toute sudiste. La reprise
de Furry Lewis, I Will Turn Your Money Green, est un hommage
impeccable au plus génial des bluesmen de Memphis qu'Alex
a toujours côtoyé mais dont il a réellement
découvert la musique au début des années
1980, après le décès de Furry. A la croisée
de la musique lounge et du jazz vocal, Guantanamerika
et Nice And Easy Does It, popularisé par Charlie
Rich, laissent entendre les chemins vocaux qu'empruntera
Alex au cours de la suite de sa carrière. Quatre bonus
que l'on retrouvait sur une version japonaise de Black List
complètent ce set. Paru sur la compilation Play New
Rose For Me en 1986, With A Girl Like You, une perle
des Troggs, démontre la prolixité musicale d'Alex,
qui joue de tous les instruments sur ce morceau enregistré
dans un home-studio néo-orléanais. Une version
enlevée de September Gurls, un classique de Big
Star, enregistré sur le vif lors de sa première
tournée française en 1985, témoigne du caractère
classique de ce morceau. Alex s'amuse en reprenant la pop bubblegum
de Lou Christie, sur I'm Gonna Make You Mine, un tube
du début des années 1960 dont il semble être
le seul à encore se souvenir. Take Me Home And Make
Me Like It est un témoignage éloquent du Memphis
du milieu des années 1970, lorsque Alex expérimentait
en solo au studio Ardent, où furent d'ailleurs enregistrés
les six premiers titres de Black List en 1989.
Florent Mazzoleni, Bordeaux, 28/12/2003
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