alex chilton
live in anvers - 2004





 Peut-on être et avoir été ? C'est en fait la seule question qui se pose à lorsque sort un nouveau disque d'Alex Chilton, même si un début de réponse est de fait apporté puisque l'on ne continue pas à sortir des albums plus de trente ans après un tube si l'on n'a aucun talent. Or depuis ses débuts, notre homme en a sorti une vingtaine, d'abord au sein de groupes puis sous sa propre identité. Celui-ci est un live, enregistré à Anvers le 30 janvier 2004 en compagnie de Karel DeBacker (batterie), Pascal Deweze (basse) et Mauro Pawlowski (guitare). L'artiste n'a plus rien à prouver et s'il a tenu à commercialiser cet enregistrement c'est uniquement parce qu'il s'y trouvait particulièrement en forme.

Doit-on alors apprécier le petit dernier par rapport à cette abondante discographie ou avec toute la fraîcheur que le critique objectif se doit d'afficher ? Là aussi un élément de réponse est apporté par Alex Chilton en personne qui en se produisant ce soir-là n'hésite pas à revenir sur le passé via une impeccable version de "In The Street" emprunté à Big Star, l'original est sorti en 1972, et "Bangkok" son cinglant premier single proto-punk commercialisé six ans plus tard sous son seul nom. Plus généralement il y rend hommage à de nombreux morceaux soul souvent obscurs, en tout cas ignorés du grand public. Puisant chez Wilson Pickett ("634-5789"), Johnny Guitar Watson ("Hook Me Up"), Ella Fitzgerald ("Shiny Stockings"), les Cornelius Brothers ("It's too Late to Turn Back Now"), Frederick Knight ("Claim to Fame") ou encore Ernie K-Doe ("Te-Ta-Te-Ta-Ta") une énergie régénératrice, l'artiste affirme sa fascination pour un genre fondateur, mix de gospel sécularisée et de blues impie. S'appropriant ces chansons il les enrobe d'une nonchalance sinon d'une aisance folle. Voilà donc tout le secret de son art. Son rock ne ressemble à aucun autre car il s'appuie sur de fortes réminiscences de musique soul. Il est vrai que la base est solide, voire quasi inébranlable.

Alex est né à Memphis berceau du label Stax et il a grandi avec ces chanteurs qui mettaient en musique leur besoin d'intégration. Son histoire a d'ailleurs de nombreux points communs avec celle du peuple noir qui cherche à se fondre dans une Amérique profondément raciste. Parfois l'objectif semble atteint, des chansons parviennent à s'infiltrer dans les radios, mais le plus souvent il faut jouer avec les multiples réseaux parallèles, comme le dernier des clandestins. Pourtant tous ceux qui ont un jour croisé son chemin témoignent de son savoir-faire et lui aurait volontiers donné un laisser-passer à durée indéterminée. C'est comme pour cet enregistrement, il n'y a qu'à fermer les yeux pour se laisser transporter. La voix est délicate et vous touche directement au cur. Les ambiances sont hypnotiques et pour un peu on se croirait au beau milieu de l'Amérique profonde, celle du sud que décrit si bien William Faulkner.

Alex Chilton serait-il le dernier rocker en activité ? On ne le souhaite pas, mais il est vrai qu'ils ne sont plus si nombreux que cela à faire vivre ce noble art avec une telle classe. Profitons-en.

Christian Eudeline




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