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A Memphis comme ailleurs, les années 1970 ont laissé leur lot d'histoires oubliées. Une décennie perdue comme le dit le titre de cet opus pour la première fois disponible sur un support digital. Paru originellement en 1986, ce double album retrace le parcours éclaté mais ô combien inspiré d'un des fils prodigues de Memphis, William Alexander Chilton, au cours d'une décennie qui allait le voir passer de la reconnaissance populaire et adolescente des Box Tops à la branchitude new-yorkaise la plus déglinguée. Servant d'introduction à une uvre dont la légende dépassait alors probablement la réalité, « Lost Decade » constitue un parcours fascinant à travers la carrière d'un artiste et d'un producteur unique en son genre. « Free Again », « Come On Honey », « I Can Dig It » et « Just To See You » ont été enregistrés juste après son départ des Box Tops au 1457 National, la deuxième adresse du studio Ardent. Ces quatre titres font aujourd'hui partie intégrante de « 1970 », un cd publié en 1996, disque de transition entre la soul blanche des Box Tops et le rock transcendant de Big Star. Artiste solo, Terry Manning aide Alex sur ces morceaux où il joue de la basse et du piano. On retrouve également ici un autre habitué d'Ardent, le batteur Richard Rosebrough. « Free Again » marque incontestablement une prise de distance vis-à-vis de l'industrie musicale, chant de délivrance d'un jeune homme de vingt ans, déjà las du grand cirque musical, après avoir remporté un succès interplanétaire en interprétant « The Letter » du haut de ses seize ans. Dans un registre moins classique, « Bangkok », où la capitale de la Thaïlande devient une petite ville indonésienne, aurait dû devenir un tube immédiat du New York punk. Ecrit en une journée avec l'aide de Lenny Lindon, voisin d'Alex et barman au CBGB's, ce morceau a été enregistré dans la foulée au Big Apple Studio, où Alex jouait de tous les instruments sauf des maracas. C'est suite à une session de post-production londonienne avec les Cramps, qu'il venait de produire, que fut enregistré « Can't Seem To Make You Mine ». Cette reprise de l'hymne des Seeds, reste un sommet d'angoisse amoureuse adolescente et torturée. Bancal et cru, « Walking Dead » résume à merveille le Memphis du milieu des années 1970. « Take Me Home And Make Me Like It », ici dans sa troisième version, a été enregistré seul par Alex au studio Ardent en 1975. Connu pour ses productions avec les Cramps, Tav Falco ou les Gories, Alex Chilton utilisait le studio dès 1972, époque où Big Star enregistrait la bande-son la décennie 1970. C'est dans ce studio de Madison Avenue, utilisé par Stax comme studio B, qu'Alex devint enfin producteur, réalisant ainsi un vieux rêve. Originaire du Mississippi, Sugar Blues était un groupe blanc, sous contrat avec Steve Cropper et son label Trans-Maximus, abrégé en TMI. Ce combo a vraisemblablement enregistré des heures et des heures de bande à TMI, avant que ce studio, comme Stax et la plupart des autres studios de Memphis, ne fasse lui aussi faillite avec les années 1970. « Toe Jam », son titre préféré sur « Lost Decade », est le résultat d'un jam nocturne entre Danny Jones, un voisin d'Alex et d'autres musiciens de Memphis comme l'incendiaire guitariste Glen Cammack. Le bassiste Danny Jones jouera ensuite sans grand succès avec Watchpocket, un autre combo signé sur TMI. Tout aussi informel, l'enregistrement du « Special Friend » de Larry Davis s'est déroulé à la même époque, en 1973, Alex s'amusant à retenir la nuit derrière la console, faute de pouvoir fermer la porte qui s'ouvre au début de ce morceau. Rencontré à Washington Square en 1970, le joueur de mandoline Grady Whitebread, né Weißrot est un personnage pittoresque qui intrigue suffisamment Alex pour qu'il lui donne son contact à Memphis. Lors d'une visite dans le Sud, Grady appelle Alex, qui décide d'enregistrer ces deux morceaux aux influences bluegrass évidentes. Le chanteur Scott Adams et le prolifique songwriter Michael Elliott illustrent l'abondance de talents dans le Memphis du milieu des années 1970. C'est une nouvelle page de l'histoire de la musique de Memphis qui s'écrit avec « Lost Decade », une décennie pas forcément perdue par tous, Alex Chilton atteignant ici un apex rare en tant qu'artiste et producteur. In Memphis,
like everywhere else, the 1970's have left their toll of forgotten
stories. A 'Lost Decade' according to the title of this album,
now available for the first time on a digital format. Originally
released in 1986, this double album evidences the outstanding
route of one of Memphis' prodigal sons, during a decade in which
he would go from universal teenage acclaim with the Box Tops
to the fucked up New York hipness of the late Seventies. Being
an introduction to a body of work whose legend then outreached
its reality, 'Lost Decade' is a fascinating insight of a unique
artist and producer's career. Florent
Mazzoleni |
