ATAHUALPA YUPANQUI with Angel Parra
El Ultimo Recital

ATAHUALPA YUPANQUI
& ANGEL PARRA

"Un poète n'a pas de biographie :
sa vie est tout entière dans son uvre" A.Yupanqui

Il est peu d'artistes, peu d'officiants créateurs dont on pourrait dire qu'ils sont des monuments. Et pourtant, en écoutant l'uvre de ATAHUALPA
YUPANQUI, la perfection alluviale du verbe et l'assise minérale de l'accompagnement joué, vous le feront classer sans conteste au rang des
monolithes indispensables de la musique contemporaine. Enrichi de tous les chuchotements et silences de sa patrie andine, il fut et restera le poète
magnifique de l'Argentine indienne.

Né le 31 janvier 1908 à El Campo de la Cruz (nord de la province de Buenos Aires, Argentine) et mort le 23 mai 1992 à Nîmes, ce barde n'a jamais cessé
de clamer son engagement pour les humbles et les défavorisés. "J'ai toujours chanté, frémissant, les peines des paysans, l'exploitation et les outrages
de mes frères bien-aimés." D'une mère basque et d'un père argentin de vieille souche, il questionnera très tôt le sens de cette déchirure qui est
la sienne, cette dualité métisse qui condamne aux errances et aux meurtrissures de l'Art.

A l'âge de 6 ans, il étudie le violon, puis la guitare. Sa vocation naît d'un apprentissage instinctif du solfège. Il concluera : "Je suis musicien,
mais d'une manière empirique. Je n'ai pas la science, mais une conscience et une sensibilité !". Surdoué, il compose sa première chanson à l'âge de 19
ans, "Camino Del Indio". Puis il sillonne l'Argentine, côtoyant au cours de ses randonnées nécessaires les Indiens, leur quotidien d'austérité et de
violence. Ce muchacho riche d'espace, de liberté et d'un mauvais poncho, inventorie et recueille toutes les formes musicales typiques de son pays :
la chacarera, la milonga, la baguala, el gato, la zamba, la vidala... En 1934, il accompagne à dos de mule l'éthnologue Alfred Métraux sur la trace
des Indiens Amaichas et lui fait découvrir la Bolivie. Véritable mémoire de sa terre, cédant aux appels des chemins de misère qui balafrent l'Argentine,
il va désormais chanter le silence et la gloire de son peuple opprimé : les ouvriers, les gauchos, les mineurs, les coupeurs de canne à sucre, les
muletiers, les péons et les bergers. Être toujours en marche, observer avec humilité, noter, comprendre. L'essentiel de la philosophie du Maître
pourrait se résumer dans cette déclaration d'alors : "J'ai toujours pensé que rien n'était meilleur qu'un voyage à cheval, car soudain votre chemin se
compose d'une infinité d'escales. On arrive toujours à une croix, à une fleur, à un arbre, à l'ombre d'un nuage sur le sable du sentier ; on arrive
à un fleuve, au sommet d'une montagne, à une pierre étrange. Il semblerait que le chemin invente des surprises pour divertir l'âme du voyageur. Et
puis, plus que tout, l'homme possède la faculté de chanter, et comme il n'est pas nécessaire de lancer son chant vers l'extérieur pour se faire
entendre, le voyageur à cheval peut alors sentir toutes ces chansons qui vibrent dans sa gorge sans qu'il lui soit nécessaire d'émettre le moindre son".
En 1948, changement d'horizon. Pour échapper aux pressions très militaires du régime de Juan Perón, ATAHUALPA s'exile et découvre alors la France.
Aussitôt Aragon, Picasso et Eluard l'adoptent. Edith Piaf, touchée par la force inhabituelle de son répertoire, l'invitera en première partie de ses
concerts au Théâtre de l'Athénée. Et c'est la consécration ! D'interminables tournées vont suivre. L'Europe, puis le Japon succombent à l'authentique
quintessence du Maestro.
D'un langage qui est une poésie pure, simple, dégraissée et féconde, il composera plus de 800 chansons. S'accompagnant seul à la guitare, sa
dextérité de musicien reste exemplaire. Non seulement l'homme écrivit avec une aisance qui laisse songeur, mais il fut, de surcroît, un technicien
patenté de l'arpège !

Pour valider son Art, Hector Roberto Chavero (de son véritable nom) choisit dès l'âge de vingt ans un pseudonyme amérindien, ATAHUALPA YUPANQUI,
juxtaposant ainsi les patronymes des deux derniers empereurs Incas. Cela lui porta chance. Couronné deux fois en France par l'Académie Charles Cros qui
lui décerna le grand prix du disque folklorique (en 1950 et en 1969), il connut bien d'autres reconnaissances à travers le monde.: Prix Ondas en
Espagne, Prix Martín Fierro en Argentine, Prix de la Chanson folklorique à San Remo (Italie)... Partagé entre une propriété de sa pampa natale et son
modeste appartement parisien, il devait, le cur fourbu, nous quitter le 23 mai 1992 à Nîmes. Don ATA glissa ainsi, loin des Andes, dans ce grand
sommeil d'un univers en marche, celui des pierres et des ancêtres qu'il
chanta tant.

SON DERNIER CONCERT

Retrouvez sur "El último recital" quelques standards du maître : "El
alazán", "Preguntitas sobre Dios" ou son adaptation désormais légendaire du
"Duerme negrito" aux délicieux accents caraïbes.

Superbe conteur et pétrisseur d'histoires, le patriarche argentin émaille
ses refrains d'anecdotes lourdes de sens, inlassable défenseur des opprimés,
des guérilleros anonymes : "Malheureux celui qui, aveuglé par le bonheur du
présent, si mal se souvient de ceux qui ont lutté, hier...". Un constat
hélas, toujours d'actualité ! Une vigilance exemplaire qu'on rêverait
contagieuse !

Retrouvez le maître, lors de son dernier concert enregistré à Zurich le 8
février 1992. Superbement accompagné par ANGEL PARRA, cet émouvant document
restitue les rigueurs, la poésie, l'intensité dépouillée et verbale d'un des
artistes majeurs de ce siècle.

"Une chanson folklorique, c'est quelque chose de sérieux parce qu'elle naît
du peuple et qu'elle est chantée par lui" (A. Yupanqui)