elliott murphy
murphy gets muddy


J’ai de la chance car je suis né à un moment et à un endroit où les choses étaient franchement particulières dans l’histoire du rock’n roll. J’ai vu Elvis Presley lors de sa première télévision et j’étais à New York quand les Rolling Stones ont posé le pied en Amérique.

John Lennon a dit un jour : « avant Elvis, ll n’y avait rien… ».

Du strict point de vue du rock’n roll, il avait probablement raison, mais avant Elvis et avant les beatles et les Rolling Stones, le blues avait rythmé la majeure partie du 20ème siècle même si très peu de blancs aux Etats-Unis connaissaient son existence. Et ce en dépit du fait qu’il était le fruit de l’histoire des noirs dans ce pays qui est le nôtre, à tous.

Mais les racines du blues étaient bien là. Et heureusement quelques groupes anglais de blues sont venus jouer aux Etats-Unis à la fin des années 60 si bien que les jeunes oreilles américaines ont pu s’ouvrir au monde des Immortels du blues. Les noms de Robert Johnson, Howling Wolf, Muddy Waters, BB King et de beaucoup d’autres sont sortis de l’ombre.

Moi, j’ai eu la chance de pouvoir rencontrer pas mal de ces grands du blues : BB King, Muddy Waters, James Cotton, John Lee Hooker et même partager les même scènes que quelques grands noms comme Albert King (dont j’ai assuré la première partie lors d’une tournée en France. Je crois même me rappeler qu’il n’avait jamais mis sa montre à l’heure européenne).

J’ai aussi joué sur les mêmes scènes que quelques bluesmen plus contemporains comme le grand guitariste irlandais Rory Gallagher ou le Robert Cray Band. J’ai toujours eu pleinement conscience de tout ce que la génération de musiciens de rock à laquelle j’appartiens, devait à ces bluesmen et l’idée de faire un album de blues est en moi, quelque part dans ma tête, depuis au moins 25 ans, plus peut-être.

C’était la musique que j’écoutais sur la route, dans les chambres d’hôtel et tard la nuit à mon bureau. Mais à cette époque, je ne me trouvais pas assez mûr pour chanter du blues avec assez d’assurance, alors j’ai attendu le bon moment. J’espère que c’est maintenant.

 Le rêve de faire un album de blues, que j’avais gardé en moi toutes ces années, a commencé à prendre forme il y a quelques années. Je rentais alors d’une tournée particulièrement fatigante et ce soir-là, j’étais allongé, épuisé, à côté de ma femme Françoise. Je lui ai demandé quand j’allais prendre ma retraite. Après quelques instants de réflexion, elle m’a répondu : « tu ne prendras jamais ta retraite, Elliott, parce que vous, les musiciens de rock’n roll, soit vous mourez jeunes comme Jimi Hendrix, Jim Morrison ou Kurt Cobain, soit vous devenez des bluesmen et tout le monde sait qu’un bluesman n’arrête jamais. »

BB King en est un parfait exemple. Il fait 250 concerts par an, c’est encore plus que moi.

 Alors, MURPHY GETS MUDDY est peut-être la première étape de cette métamorphose de survivant du rock’n’roll.

Le plus difficile fut de faire un choix parmi les centaines, pour ne pas dire les milliers d’incroyables chansons de blues. J’en ai repris certaines qui étaient connues du grand public, à savoir des titres comme « the thrill is gone » un des grands succès de BB King ou le « Mannish Boy » de Muddy Waters. Elles côtoient des chansons moins connues comme « Tip on in » de Slim Harpo. Et puis lorsque l’esprit du blues me posséda vraiment, je glissai quelques-unes de mes compositions comme « Open City » qui est pour moi un blues du 21ème siècle.

 Les musiciens qui jouent sur MURPHY GETS MUDDY sont l’ex-Modern Lovers Ernie Brooks qui m’accompagne à la basse depuis bien longtemps, Kenny Margolis aux claviers (il joue avec Willie de Ville), Danny Montgomery à la batterie (il a joué avec Ray Charles) et Patrick Riguelle à la lap steel

et aux chœurs (il vient de Red Harmony). On retrouve aussi évidemment cet incroyable toucher de guitare et de Dobro de mon habituel compagnon de route Olivier Durand. L’ingénieur du son, c’est Florent Barbier et l’enregistrement de l’album a été réalisé au Havre, en France.

 En revanche, cet hommage en DVD à Willie Dixon a été enregistré dans mon propre appartement de la rue Beauregard à Paris. Je suis là assis avec Olivier à mes côtés et nous allons interpréter 5 titres de Willie Dixon en espérant être à la hauteur.

 MURPHY GETS MUDDY est dédié à la mémoire de Muddy Waters et à celle de tous ces monuments du blues que sont Howling Wolf ou John Lee Hooker et tant d’autres…Une pensée pour les femmes du blues comme Bessie smith qui a tant lutté contre la pauvreté, le racisme ou la malchance…Tous ont contribuer à créer cette si belle forme d’art américain qu’est le blues dont je crois pouvoir dire qu’il nous survivra à tous…

 Merci.

 Elliott Murphy

Paris 2005