WILLIE LOCO ALEXANDER

Autre Chose - Live au Printemps de Bourges 1982


Willie Loco Alexander est une figure du milieu, un musicien dont le nom circule depuis les années 60. Desperado spécialisé dans le rock légèrement déglingué, l'homme vit hors du temps, des modes et des compromissions. Cela ne l'empêche pas d'enregistrer des disques qui résistent à la patine des années et qui font régulièrement l'objet de rééditions. Sa participation à l'ultime mouture du Velvet Underground est sans aucun doute l'un de ses faits d'arme qui ont inscrit à jamais son nom en lettre d'or dans le cerveau des amoureux de la chose. Heureusement pour lui, il y a d'autres chapitres à son histoire. Tel celui que vous tenez entre les mains. Enregistré au Printemps de Bourges, Autre Chose, est paru au mois de juin 1982 sur le label New Rose. C'est un disque important puisqu'il mit un terme à une tournée hexagonale de treize date, plus généralement à quelques mois de galère et surtout d'anonymat dans son propre pays. A une époque pas si lointaine que ça, la France était donc une vraie terre d'accueil pour les rockers au regard tendre.

Je suis né à Philadelphie (Pennsylvanie) mais j'ai déménagé plusieurs fois et habité successivement à Medfield, à Gloucester puis Providence à quelques kilomètres de Boston. Mon père était pasteur, c'est d'ailleurs dans son église que j'apprends à tâter du piano. La musique de mon enfance c'est bien évidemment le rock and roll, celui des pionniers, de Little Richard et Jerry Lee Lewis, mais ça ne m'empêche pas d'écouter également beaucoup de musique latine via par exemple Tito Puente. Mon surnom de Loco vient d'ailleurs de cette culture-là, d'un pianiste qui s'appelait Joe Loco et qui se produisait souvent avec un certain Willie Bobo, joueur de timbale. Pour moi c'est devenu évident que je devais prendre ce nom d'autant que je commence non pas dans un groupe de rock mais bel et bien dans un orchestre à tendances afro-cubaines, Baba & the Willie Loco. Nous sommes en 1961

Quelques années plus tard, Willie Alexander joue au sein d'un garage band, The Lost. Tous suivent leurs études au sein du même collège, Goddard, et ont décidé de fonder un groupe. L'heure est au rock, car l'écho des groupes Anglais - Beatles et Rolling Stones - s'est répandu à travers tous les Etats-Unis. The Lost devient le premier groupe auquel participe Willie qui enregistre pour de vrai, deux 45 tours pour Capitol qui pourraient sans problème apparaître au générique du coffret Nuggets. Depuis, deux disques compact documentent cette période. Fait amusant, le bassiste de ce combo pré-punk, on est en 1966, n'est autre que Walter Powers celui qui officie sur le live que vous tenez entre les mains. Non pas que les deux hommes ne se soient plus quittés depuis l'époque, mais habitant tous deux Boston et participant à toutes sortes d'aventures musicales, ils ne se sont jamais perdu de vue. C'est d'ailleurs grâce à Walter Powers que Willie Alexander va jouer dans le Velvet

Après The Lost, il y a Grass Menagerie avec Walter Powers et Doug Yule qui dure quelques mois, puis Bagatelle qui en pleine période psychédélique se permet le luxe de jouer de la musique soul. Nous sommes neuf dans le groupe et nous enregistrons un album avec une face studio et une face live. Ça ne donne rien, commercialement parlant, mais nous nous retrouvons tous les trois à tourner sous le nom du Velvet Underground alors que le seul membre d'origine est Maureen Tucker à la batterie. En fait je remplace Sterling Morrison retourné à ses études. Nous commençons à tourner dès le mois de juin 1971 et venons même en Europe. J'ai un souvenir partagé, le groupe pouvait parfois être excellent, mais il était la plupart du temps exécrable. J'avais hâte que cela se termine en fait, le Velvet c'était le groupe de Lou Reed, et nous n'avions aucune légitimité pour tourner sous ce nom.

Deux tournées sont exécutées dans l'indifférence générale, et le groupe cesse toute activité. Willie commence alors à enregistrer des disques sous son seul nom. D'abord sur sa propre marque, Garage, puis sur MCA, une major. C'est à ce moment très précis que se dessine le son très particulier de la Loco touch. Une sorte de base binaire conjuguée à un dilettantisme chaleureux et surtout communicatif. Du rock toujours en équilibre sur un fil imaginaire et qui semble sombrer pour toujours renaître miraculeusement grâce à une base rythmique sans faille. C'est aussi excentrique que magique. De nombreux morceaux de cette période apparaissent aux yeux de ses fans comme ses meilleurs : "Hit Her Wid De Axe", "Radio Heart", "Dirty Eddie" et bien évidemment l'incontournable "Kerouac". Car l'écrivain beat est l'une de ses plus grandes influences, à cause de ces ambiances jazzy qui s'en émanent mais aussi de ce goût pour la vie de bohême dont Willie ne s'est jamais départi.

La suite sera plus délicate puisque MCA lâche le rocker, suite à d'insatisfaisantes ventes cumulées à des incompatibilités d'humeur avec ceux qui l'accompagnent, le Boom Boom Band. Qu'importe Willie Alexander s'exile à New York et travaille dans un bar en attendant de meilleurs auspices. La providence vient de France, le pays qui autrefois tendit la main à Vince Taylor et Gene Vincent.

Patrick Mathé : Avant le magasin New Rose qui donnera naissance au label du même nom, je travaille déjà dans un magasin de disques Music Box, qui sort aussi quelques disques sur le label Flamingo parmi lesquels il y a un certain The Count, allumé notoire de la scène de Boston. C'est par son intermédiaire que je rencontre Willie Loco Alexander qui vient d'être remercié par MCA et j'en viens à sortir son nouvel album. C'est l'une des premières références du label, juste après les Saints et Charles De Goal.

Ce 33 tours est commercialisé au mois d'octobre 1981. Et si Solo Loco possède un son très synthétique c'est parce que l'artiste veut prouver que la guitare n'est pas le seul apanage du tempo binaire. Une tournée est programmée dans la foulée avec un combo baptisé pour l'occasion les Confessions. Walter Powers à la basse est de la partie, il y a également deux ex Taxi Boys : Ricky Rotchild à la batterie et Mathew Mackenzie à la guitare (à noter que ce dernier à également joué au sein d'un groupe de blues en 72/73, Bluesberry Jam, dans lequel officia Willie).

Le périple commence par trois apparition dans la capitale, le 23 et 24 mars 1982 au Rex Club, dans le cadre des nuits d'Actuel, puis au Gibus, le 25. Elle est complétée par une dizaine de dates hexagonales dont le printemps de Bourges le 3 avril fixé pour l'éternité. Au menu dix-huit chansons dont un vieux standard country enregistré par Patti Page au tout début des années 50, "Tennesse Waltz" que l'on doit à Redd Stewart et Pee Wee King. Parce qu'il n'y a aucune frontière dans les influences de Willie et parce que dans la foulée il exécute un "Be Bop A Lula" emprunté à Gene Vincent rageur. La suite sera plus conventionnelle avec les morceaux de son répertoire que ses fans aiment entendre : "Home Is", "Kerouac", "AAWW", "Hit Her Wid De Axe", "Radio Heart", "Dirty Eddie"

Patrick Mathé : La tournée en question est organisée par l'un des programmateurs du Printemps de Bourges, Bernard Batzen. D'ailleurs, il s'en est fallu de peu qu'il n'y ait pas d'enregistrement, car la veille du concert à Bourges Willie Alexander se produit à Toulouse, dans un club qui s'appelle Le Pied. C'est le genre d'endroit tellement sympathique où il est quasiment impossible de partir, surtout au bout de nombreuses bières... Et donc au petit matin nous ratons le train. Nous ferons la route en voiture et Willie arrivera à Bourges une heure avant de monter sur scène A cette époque il n'y a pas d'autoroute et nous avons bien cru ne jamais arriver au bout. Et comme souvent, c'est dans ces conditions là que les concerts sont les plus éblouissants.

La critique est unanime c'est un grand disque, un live qui restera et que l'on peut réécouter.

Laurent Chalumeau : « Quand le rock'n'roll prend des dimensions métaphysiques, enfonce son doigt dans le cul de Dieu, assomme le diable à grands coups de Vérité, quand le rock devient limite, rachat, expiation, pénitence, fête des sens dédiée à sa propre vacuité, messe rouge sans idoles, âmes pures qui boudent le paradis, même moi je reste sans voix » (Rock & Folk n°186, juillet 1982)

Youri Lenquette : « Le fait que Willie apparaisse ici dans toute sa splendeur bizarre n'est pas non plus étranger à la présence du groupe de tueurs chargés de l'accompagner La voix impossible, les guitares chromées et les claviers descendus à coups de boots Le grand jeu du rock Bostonien » (Best n°169, août 1982)

 

Christian Eudeline


tracklist
1- Tennesse Waltz (2:23) 2- Kids are jagging (3:22) 3- Be Bop a Lula (3:34) 4- Home is (3:56) 5- Killer in a Trenchcoat (2:29) 6- Hit & run (2:56) 7- Eyes crossed (2:50)
8- AAWW (3:18) 9- Hit her wid de (2:25) Axe 10- Kerouac (3:58) 11- Working Hard (1:43) 12- Take me away (3:31) 13- Autre Chose (4:21) 14- Gin (3:27) 15- Radio Heart (3:38)
16-DIRTY EDDIE (3:20) 17- Close Enough (2:41) 18- B.U. Baby (1:40)






willie loco alexander - autre chos

 be bop a lula
eyes crossed
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dirty eddie