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Le regard est de velours mais le sourire presque sardonique coupe court à tout attendrissement. Le cheveu est lissé et gominé d'un noir qui contraste curieusement avec un teint blanc presque blafard. Normal, MAURO GIOIA et ses acolytes arrivent sur scène dans un nuage de poussière blanche. Ils s'époussettent, se tapent sur les bras, comme des figures de cire que l'on sortirait soudain de leur musée. Pourtant rien n'est figé dans cette PiedigrottaGioia. MAURO n'est pas du genre à se prendre au sérieux. Au contraire, il revendique un humour surréaliste, une ironie mordante à travers le clin d'il au passé. La Piedigrotta est une fête populaire napolitaine aujourd'hui disparue où l'on chantait des airs improvisés et où des chorales se formaient spontanément. MAURO a repris cette pratique à son compte en baptisant son spectacle et son album : PiedigrottaGioia, y accolant sans aucune modestie son propre patronyme. MAURO n'est pas un Napolitain de pure souche. Il est né à Milan en 1966 mais dès 1970, sa famille s'installe à Naples. Ses débuts dans la musique furent placés sous le signe du rock. Avec son groupe "Underskirt Presence", il fait quelques tournées dans la région sans pour autant délaisser les Beaux Arts d'où il sortira avec un diplôme de décorateur. Peu à peu il se tourne vers la chanson napolitaine et fonde un autre groupe "Petruska". Enfin en 1991, il se décide à explorer exclusivement les auteurs inconnus napolitains et crée ce PiedigrottaGioia en hommage à sa ville et à ces chanteurs de rues. Crooner non pas de charme mais de pacotille, parce qu'il le veut ainsi, MAURO aime jouer les troubles fêtes. Il brouille les pistes à plaisir, perd en route toute étiquette qu'on voudrait lui coller, semant le désordre avec une franche gaîté et une insouciance paillarde. La musique et surtout les chansons ne sont qu'une passion, un hobby dont il a voulu saisir la beauté. Pas question d'en faire un métier, il revendique l'amateurisme et chacun dans la troupe possède un second métier. En guise de défi, notre napolitain d'adoption déclare fièrement être décorateur. Pour composer son spectacle, MAURO est allé piocher ses références autant du côté du cinéma - on pense immanquablement à Fellini pour l'incongruité charmeuse et à De Sica pour la volubilité et l'aisance toute italienne - que chez ces compositeurs baladins qui ont fait la réputation de Naples. Accompagné de quatre musiciens, autant comédiens qu'instrumentistes, MAURO invente une nouvelle forme de spectacle. Pour accompagner le tout, il rédige un immense Manifeste du futurisme chantant qu'il distribue partout où il passe. De burlesque, il peut aussi devenir émouvant, en invitant sur scène le danseur de claquettes Rino Marcelli. Rino semble sortir d'un film de Fred Astaire, dansant avec noblesse dans un smoking impeccable, aussi fugitif qu'un rêve. PiedigrottaGioia a le charme suranné de ces vieux films que l'on projette à la mauvaise vitesse mais qui répandent aussitôt une émotion nostalgique. PIEDIGROTTAGIOIA, le premier album de MAURO GIOIA, a été enregistré dans l'atmosphère baroque et luxueusement vieillissante du Salone Margherita, chef-d'oeuvre architectural du XIXème siècle. MAURO noue, d'une voix fougueuse et virtuose, un bouquet de chansons atypiques, amoureusement glanées dans le répertoire napolitain. Il nous convie, baladin romantico-comique, à remonter ce siècle latin et découvrir les émois, personnages et obsessions qui peuplaient l'Italie de jadis (entre 1903 et 1939). Feuilletons ensemble ce grimoire volubile où ressurgissent, au détour d'une ritournelle, les visages oubliés d'une Naples luxuriante : Le prisonnier et ses lamentations (Carcere), la nonne abusée (Serenata' e 'na Femmena), l'assassin au grand cur ('A Legge, 'O Festino), le latin-lover aux lèvres de braise (Strigne Strigne, Canzone Appassiunata, 'A Gelosia), l'artiste visionnaire (Tammurriata Americana, Ah Nanni, Canzona Futurista), la gouape au cur d'acier (Canzona Guappa/ 'O Guappo 'nnammurato), le citadin transi (Napule)... Ultime pied-de-nez, cette reprise de Tino Rossi, Tarentelle, où MAURO prouve, d'une précision vocale unique, que les bardes italiens restent - au service de nos passions soudain assouvies - les derniers maîtres-enchanteurs des exercices du cur.
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Napule A Celosia Carcere |