Calvin
Russell
C'est du coeur
même du Texas - cette terre avec son bétail à
cornes, ses étés brûlants, ses tornades,
ses grands ciels clairs et ses kilomètres d'autoroute
qui s'étirent entre Beaumont et el Paso -, que nous vient
CALVIN RUSSELL.
Né durant
la nuit d'Halloween 1948 à Austin (Texas), CALVIN passe
en fait les cinq premières années de sa vie au
comptoir du "Sho Nuff Café" où son père,
Red, fait de la cuisine rapide et où sa mère, Daisy,
est serveuse. CALVIN dit que ses tous premiers souvenirs sont
ceux d'une maison de bois dans une rue sale qui se terminait
en cul-de-sac, derrière le Pete Pisto's Wrecking Yard.
« On savait qu'on filait un mauvais coton, confie-t-il,
mais on aimait notre liberté. Je construisais des bolides
et courais dans tous les coins du Texas tandis que les autres
gamins en étaient encore au stade de la bicyclette ».
Sixième
de 9 enfants, RUSSELL apprend à jouer de la guitare à
12 ans, et dès l'âge de 13 ans, assure les parties
rythmiques dans un groupe baptisé The Cavemen, «
ce qui m'a valu d'être un vétéran du rock
à 16 ans ! ». Il vit vite, librement, fait quelques
entorses à la loi pour ce qu'il appelle "des choses
sans importance"... Ce qui lui vaut tout de même d'échouer
en maison de correction, puis peu après en prison. A sa
sortie, il commence sa randonnée aventurière vers
le grand sud, chevauchant une Harley.
Il traverse le
Rio Grande à Piedras Negras et El Paso, à la recherche
de sensations nouvelles. Il écrit, il chante, se laisse
emporter par les visions et rêves torrides de ce coin de
l'ouest, terre aride et désertique pavée de pierres
brûlées. Cette partie du Texas, que l'on surnomme
"The Valley", est le commencement d'une terre abandonnée,
d'un désert dépeuplé qui s'étend
jusqu'à la Vallée de la Mort et Baja California.
Début
80, on retrouve CALVIN dans le Sud Texas. Il traverse de part
en part "The Valley", vivant comme un vagabond sur
ce territoire de mirages et de contrebande. A Nuevo Laredo, Nouveau
Mexique, il est incarcéré, et durant l'hiver 85,
se retrouve dormant à même le ciment d'une cellule,
au coeur de la periode de froid la plus rigoureuse que connût
cette partie du désert.
Lors de son retour
à Austin, CALVIN s'installe dans un trou à rat,
sous une maison de Patterson Avenue, dans le vieux Clarksville.
C'est à cette époque qu'il tente d'intéresser
le milieu musical local à son travail.
CALVIN zone -
avec toute une bande d'irréductibles - dans de sombres
enclaves où circulent alcool et drogue. Mais ces mêmes
enclaves (qui servaient d'abris aux hors la loi pendant la Conquête
de l'Ouest) sont aussi un repaire de musiciens marginaux et surdoués
tels que Townes Van Zandt, Jimmy Dale Gilmore, Willie Nelson,
Leon Russell, Willis Alan Ramsey, Jerry Jeff Walker et Michael
Murphy. La verve de ces talents sudistes, la qualité particulière
de la vie texane et l'époustouflant paysage de collines
baignées de brumes seront l'inspiration première
de plus d'un musicien, comme Blaze Foley, Craig Lee Fuller, Rich
Minus, Hal Ketchum et CALVIN lui-même...
« Un rock'n'roller hors la loi qui se bat contre la morosité
des temps modernes », est la meilleure définition
de CALVIN (cela selon ses propres termes). Pour enfoncer le clou,
ce macadam cow-boy stylé conclut d'une voix nouée
: « Oui, je suis un rebelle, car je m'érige contre
les lois inutiles, celles qui entravent notre quête du
bonheur ».
Depuis 1989 -
année où Patrick Mathé rencontre CALVIN
au Continent Club d'Austin et le signe sur New Rose Records -
CALVIN a produit quatre albums studio et un album live. Belle
poignée de disques, véritables anthologies d'un
"hobo" au romantisme suturé à vif. D'arpèges
nonchalants en riffs teigneux, notre cow-boy au grand coeur nous
entraîne, de son Texas natal, vers de surprenants lieux-carrefours
où survit la frange atypique (mais hautement fréquentable)
d'une humanité en lisière de respectabilité.
Le premier album
sorti en France, "A CRACK IN TIME", fut accueilli comme
un « grand album aux couleurs de Lone Star State »
(Stacatto, été 1990). Riche d'intimistes dérives,
cisaillé d'acoustiques étapes, d'électricité,
d'héroïsme humble et congru, ce coup d'essai permis
à notre Texan de participer à bon nombre de festivals
en compagnie de Little Villa et The Kinks.
Son second album
"SOUNDS FROM THE FOURTH WORLD", subtile peinture des
misères et travers de nos vies, fédéra d'emblée
l'attention du public et des critiques français. Sur cet
album, on peut d'ailleurs entendre le titre "Crossroads",
aujourd'hui considéré comme l'un des incontournables
de CALVIN.
"SOLDIER",
son troisième album chez New Rose, a été
produit par un natif de Nashville, JIM DICKINSON. Neuf titres
où fulgurent l'énergie, l'étonnante maîtrise
et la maturité de CALVIN. Les Inrockuptibles ont dit de
ce disque : « Il y a des soirées où le choix
est simple si vous voulez convaincre votre petite amie... Ou
vous écoutez Blonde On Blonde une fois de plus, ou vous
écoutez "Soldier" »
Le succès
de cet album encourage CALVIN à enregistrer un album live,
"LE VOYAGEUR". Inventaire d'une tournée marathon,
ce document fut enregistré lors de ses concerts à
guichet fermé à l'Olympia (Paris), l'Exo-7 (Rouen),
le Zig-Zag (Orléans) et l'Elysée Montmartre (Paris).
En 1993, le CALVIN RUSSELL BAND a donné 178 concerts en
Europe, chaque set confirmant la cohérente efficacité
du showman.
Avec son quatrième
album studio, "DREAM OF THE DOG", l'homme au stetson
continue sa valeureuse bataille. Ici, une reprise d'Eric Burdon
and The Animals : "It's My Life". Là, des chansons
calibrées pour la poussière des grands chemins
comme "The Valley Far Below", "Trouble" ou
"Don't Turn Your Head". L'écriture s'est affinée
et parfois rappelle la cahotique mais miraculeuse prose de William
Burroughs. Produit par Mike Stewart, cet opus nous offre le jeu
particulier de la guitare de Jon Dee Graham, ancien membre des
True Believers.
Mais l'actualité,
c'est avant tout ce nouvel album d'une vigueur et d'une brillance
inégalée. Minéral pour l'habillage, monumental
pour le souffle neuf et contagieux, ce véritable tour-de-force
ouvre radicalement un nouveau chapitre de notre saga texane.
CALVIN a choisi de retravailler avec l'indispensable JIM DICKINSON,
et pour la première fois, infidèle aux grâces
d'Austin, est allé à Memphis enregistrer le dit
objet. Guipure des choeurs sur une assise mélodique et
rythmique irréprochable. Précision des guitares
et ampleur contrôlée de l'écriture. Notre
cow-boy nous livre sans conteste l'une de ses plus belles réalisations.
Détonnant et audacieux mélange que cet acier et
ce feu confondus !
Un nouvel album,
un nouveau groupe et cet opus en état de grâce !
1997 s'annonce décidemment riche en distinctions et coups
d'éclat !
Après
avoir travaillé avec Jim DICKINSON en 1992 sur l'album
"Soldier", CALVIN RUSSELL retrouve - pour ce nouvel
album - son vieux complice
et empereur du Memphis sound...
"Dès la première minute, j'ai adoré
Jim... Avec lui, tu ne peux te sentir qu'en confiance" lance
un CALVIN visiblement comblé.
Rock et ballades
sont au rendez-vous. Et pour la première fois, l'élégance
d'un choeur gospel vient enrichir des compositions comme "Let
The Music Play", "Nothing Can Save Me" ou "Drive
By". Maîtrise et Maestria sont les mots d'ordre de
ce nouvel opus. Et la compétence de DICKINSON ne fait
qu'affiner le son, préciser les angles, n'altérant
en rien l'émotion des compositions, ni les lignes vocales
de CALVIN tendues jusqu'à l'écorchure.
Les guitares
de CHUCK PROPHET, d'une limpidité parfois teigneuse et
d'une diction toujours enthousiaste, cernent, ici une rythmique,
là une syncope bluesy. D'une lancinance toujours à
vif ou d'un tempo râpé à l'os, CALVIN nous
décoche quelques histoires et portraits typiques d'un
grand Ouest dont il possède,
avec évidence, les clefs. Une magistrale reprise de Townes
Van Zandt,
"Mr. Mudd and Mr. Gold", lardée à coeur
d'éloquences électriques, flamboie d'une lividité
belliqueuse.
La section rythmique
- avantageusement distribuée entre la basse de DAVID HOOD
et la batterie de ROGER HAWKINS - négocie les climats,
tissant d'impressionant canevas, d'indispensables fondations.
Preuve cette reprise nonchalante (mais non moins éblouissante)
du "Desperation" d'un Steppenwolf des grands jours.
Enregistré
à MEMPHIS (c'est bien la première fois que CALVIN
quitte son AUSTIN natal pour graver sa poignée de refrains
!), ce nouvel album est à la fois un véritable
virage et la consécration d'un talent dont l'ambition
n'a d'égale que son souci du toujours mieux faire.
Un soin tout particulier a été porté à
la présentation... où les somptueux clichés
de Michael FATALI poussent les portes d'un Far-west surréaliste
mais oh combien vivace !
Il semblerait,
décidément, que l'essentiel n'appartienne qu'à
ceux qui poussent un peu plus loin leurs pas...
JIM DICKINSON (production, claviers...)
En partie reconnu
pour ses incandescences musicales avec les ROLLING STONES et
RY COODER, ce natif de l'Arkansas (il est né à
Little Rock, le 15 novembre 1941) n'en demeure pas moins l'une
des figures emblématiques de cet art complexe et appliqué
qu'est la production. D'une rigueur de bon aloi, ce musicien-compositeur-arrangeur-
ingénieur du son-réalisateur (ouf!) a semé
- via Memphis où il réside -, d'exemplaires empreintes
dans ce long dédale qu'est l'Histoire du rock'n'roll américain.
On lui doit (entre autres) quelques productions de références
comme BIG STAR, RY COODER, ALEX CHILTON, ALBERT KING, TEXAS TORNADOS,
GREEN ON RED, MOJO NIXON ou JOE "King" CARRASCO. On
le vit émailler de prouesses harmoniques (claviers et
guitares) bien des enregistrements d'ARETHA FRANKLIN, ARLO GUTHRIE,
ALBERT COLLINS, THE CRAMPS, LULU ou JOHNNNY CASH... Sur le tard,
se découvrant une passion pour l'écriture de Bandes
Originales, il co-signa quelques incontournables pour des monuments
tels que "PARIS, TEXAS", "THE BORDER", "STREETS
Of FIRE", "BLUE CITY" ou "THE LONG RIDERS".
Collection de hauts faits d'armes etanthologie du savoir-faire
d'un de nos derniers géants!
CHUCK PROPHET
(guitares)
Silhouette longiligne,
manque d'apprêt intentionnel et blondeur arrogante, CHUCK
PROPHET appartient à cette caste prestigieuse mais trop
restreinte des nouveaux guitar-héros. D'un jeu à
la fois teigneux, incisif et aventureux, il est l'un des rares
à avoir parfaitement assimilé les tendances de
notre fin de siècle (noisy, grunge, post-punk...) et nous
les resservir en une salve de riffs et soli audacieux et galvanisant.
Né à Whittler, Californie (privilège qu'il
partage avec Richard. M. Nixon), ce jeune prodige fut très
tôt fasciné par le sombre éclat des guitares.
Il végéta dans d'obscurs combos punk... avant de
rencontrer, à L.A., ses acolytes de GREEN ON RED. Huit
albums vont alors carboniser - d'une insolence jubilatoire -
le panorama un peu figé de la new-wave américaine.
Mais toujours insaisissable et boulimique, CHUCK décide
rapidement de voler de ses propres ailes en enchaînant
trois albums solo : "Brother Aldo" (1990), "Balinese
Dancer" (1993) et "Feast Of Hearts" (1995). Les
premiers pas d'un surdoué à découvrir d'urgence
! Il faut alors parler d'exploration, d'exégèses
soniques et de véritable transcendance.
DAVID HOOD (basse)
Il en est des
bassistes comme de certains ciels d'été... chargés
d'astres et de supernovae ! La carrière de DAVID HOOD,
elle, pourrait prétendre à surpasser en éclat
le ruban pourtant concentré de la Voie Lactée.
Faut dire qu'on a rarement l'occasion d'énumérer
une telle liste de collaborations... Rien que du prestige, vous
dis-je ! Lorsque DAVID HOOD entre en studio, avant même
de saisir son instrument, il vous raconte ses tournées
avec STEVE WINWOOD ou comment se sont passées les sessions
de "Brown Sugar" avec MICK JAGGER... Car notre marathonien
fut de bien des aventures légendaires... Vous l'avez inévitablement
entendu sur un refrain d'ARETHA FRANKLIN, JAMES BROWN, ROD STEWART,
PERCY SLEDGE, CHER, CARLOS SANTANA, JIMMY CLIFF, PAUL SIMON,
WILSON PICKETT, LINDA RONSTADT, BOB SEGER, CAT STEVENS... ou
bien JOHNNY HALLYDAY !
ROGER HAWKINS (batterie)
Indissociable
du précédent (assise rythmique oblige !), ROGER
HAWKINS est également un producteur de haut niveau ((BOB
SEGER, PAUL SIMON, CANNED HEAT...). Dans les années 70,
on le vit jouer aux côtés des plus grands, de STEVIE
WINWOOD à ERIC CLAPTON. Même perfection compulsive
que DAVID HOOD avec qui il fonda (en 1969) le légendaire
MUSCLE SHOALS SOUND STUDIO, ce monstre rythmique sur lequel s'articulèrent
bien des standards et bien des joyaux de nos discothèques
! Eminemment stratosphérique !
        
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