the ledgendary stardust cowboy
retro rocket back to earth

The Legendary Stardust Cowboy
La tête dans les étoiles

 

Il n'y a que David Bowie pour reprendre un morceau du Legendary Stardust Cowboy, même les Cramps n'ont jamais osé s'y frotter. C'était en 2002 sur son album Heathen aux côtés d'un titre de Neil Young et d'un autre des Pixies. Comment cela est-il possible ? Parce que David Bowie s'est toujours senti redevable de cette inspiration pour le monde des étoiles qui donna naissance à son premier succès "Space Oddity". La tête au-dessus des nuages, c'est en effet le credo du Legendary Stardust Cowboy, Norman Carl Odam pour les intimes, un authentique illuminé comme seuls les Etats-Unis en ont le secret.

Norman est né à Lubbock au beau milieu du Texas le 5 septembre 1947. Education rurale oblige, il doit se rendre à l'église chaque dimanche ce qui n'empêche nullement ce jeune péquenot de rêver de grands espaces et d'autres planètes. Il est persuadé qu'il ira un jour sur Mars et sait déjà que sa destinée sera exceptionnelle, qu'il ne finira jamais dans un bureau, qu'un jour tout le monde parlera de lui. Il n'a pas tout à fait tort

La vie de cow-boy et le monde au-delà des nuages sont ses deux seuls centres d'intérêts. C'est vers l'âge de 13 ans qu'il commence à gratter sa guitare et à reprendre quelques standards qu'il ne peut s'empêcher de transformer en petites histoires qui évoquent son quotidien. L'acquisition d'une nouvelle identité semble alors répondre à une certaine logique, The Legendary Stardust Cowboy est né. Les chants Indiens et les cris empruntés aux autres tribus de mohicans, s'expliquent parce que comme tout bon Américain qui se respecte Norman a du sang bleu, Shawnee, dans ses veines. Cela ne l'empêche pas de continuer à lever les têtes pour tenter de percer le mystère du ciel, infini ou non ?

Les sixties viennent de commencer et The Legendary Stardust Cowboy se produit régulièrement dans le parc de son Université du Texas. Il pensait qu'ainsi, son public sera essentiellement féminin. Au lieu de cela, ce sont les étudiants les plus demandeurs, sans doute parce que son répertoire est un savant détournement d'airs empruntés au monde des cow-boys (Chet Atkins, Johnny Cash, Buck Owens) et à l'imagerie science-fiction, deux domaines qui se conjuguent plutôt au masculin.

Norman affirme qu'il est très apprécié de ses pairs, et il n'y a aucune raison d'en douter, les doux dingues dégagent toujours un sentiment de sympathie. Pourtant la route qui mène au studio d'enregistrement sera parsemée d'embûches. Entre-temps ce sont les étapes classiques d'un artiste qui cherche à se faire reconnaître : le succès local, l'exil à Hollywood pour tenter sa chance, le retour à la case départ et à l'usine (il devient magasinier), la lettre à la star (Tiny Tim) et enfin, le petit coup de pouce du destin. Il viendra de la part de Johnny Carson, ce dernier l'invite à son show télé The Tonight Show. Aussitôt, Mercury finance un premier 45 tours "Paralyzed" / "Who's Knocking On My Door" (déjà sorti sous forme d'auto-produit sur étiquette Psycho-Suave) qui se retrouve classé dans les 100 meilleurs ventes. On est en 1968, et pour notre Texan, c'est le départ d'une nouvelle vie. Une existence de star et de petites pépés blondes, une vie d'espoir et de folie. Mais sa musique est bien trop habitée, mélange de rage trop longtemps accumulée soudain éructée et de grand déséquilibre minimal fruit de blessures profondes. Norman chante, éructe, s'accompagne d'une guitare acoustique, d'une trompette de cavalerie, mais ne peut s'empêcher de s'époumoner jusqu'à s'en faire mal. Il est persuadé qu'on l'écoute là-haut, Dieu et les p'tits hommes verts, et il doit donc se faire entendre

Les années 70 voient son aura décliner aux yeux du grand public, mais c'est alors que des fins connaisseurs colportent la bonne parole, les Cramps notamment, mais aussi Pat Boone, David Bowie, Robert Plant, Elvis Costello, les Butthole Surfers et le Clash. L'homme mène une double vie. Simple mortel le jour, homme de ménage dans un casino, il est le Légendaire Cowboy Poussière d'Etoiles la nuit venue.

C'est ainsi qu'il en viendra à mettre en boîte au milieu des années 80 trois albums, dont deux qui sortiront sur le label Français New Rose, Retro Rocket Back To Heart (1986) et The Legendary Stardust Cowboy Rides Again (1989). Il y est accompagné de Joey Myers (batterie), Frank Novicki (guitares) et Teddy Bear Jones (basse). Musicalement cela ressemble à du rockabilly joué façon lo-fi avec cette indescriptible dose de fêlure qui rend la chose aussi fragile que fascinante. Les titres sont bien souvent un leitmotiv répété jusqu'à l'infini pour mieux s'en assommer : "Credit Card Blues", "I Hate CDS", "There'll Be Hot Coffee", "Ride A Tractor", "Someone Took The Yellow From My Egg", "I Love My Bed" C'est totalement hypnotique, mais cela illustre surtout ses prémonitions d'ado. Oui, la réputation du Legendary Stardust Cowboy dépasse désormais les frontières de sa terre natale, reste à savoir ce qu'on en pense là-haut !

Christian Eudeline





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